mercredi 7 juillet 2010

The Millennium - Begin (Pop Psyché de 1968)

Begin a beau être le seul et unique album du collectif The Millennium, il n'en est pas moins un album de renouveau. Mais il n'est pas question ici du renouveau d'un groupe mais plutôt d'un mouvement musical entier...





Liste des chansons :
1. Prelude (Ron Edgar, Doug Rhodes) - 1:18
2. To Claudia on a Thursday (Michael Fennelly, Joey Stec) - 3:26
3. I Just Want To Be Your Friend (Curt Boettcher) - 2:34
4. 5 A.M. (Sandy Salisbury) - 2:48
5. I'm With You (Lee Mallory) - 2:35
6. The Island (Curt Boettcher) - 3:18
7. Sing To Me (Lee Mallory) - 2:15
8. It's You (Michael Fennelly) - 3:21
9. Some Sunny Day (Lee Mallory) - 3:22
10. It Won't Always Be The Same (Michael Fennelly, Joey Stec) - 2:57
11. The Know It All (Curt Boettcher) - 2:40
12. Karmic Dream Sequence #1 (Curt Boettcher, Lee Mallory) - 5:58
13. There Is Nothing More To Say (Curt Boettcher, Lee Mallory) - 2:33
14 Anthem (Begin) (Curt Boettcher, Michael Fennelly, Lee Mallory) - 2:39


Musiciens :
Curt Boettcher– voix, guitare
Ron Edgar – batterie, voix
Michael Fennelly – guitare, voix
Lee Mallory – voix
Doug Rhodes – trompette, claviers, voix
Sandy Salisbury – guitare, voix
Patrick Shanahan – batterie
Joey Stec - guitare
Red Rhodes - guitare
Douglas Dillard - banjo


Production : Curt Boettcher & Keith Olsen


Compte-rendu de l'album :

The Millennium est un collectif californien créé et dirigé par le producteur Curt Boettcher. Ce supergroupe est né des cendres de plusieurs autres projets auxquels Boettcher avait participé, de près ou de loin. Notamment The Music Machine (Ron Edgar, Doug Rhodes), The Ballroom (Sandy Salisbury) et Sagittarus (Gary Usher).

Begin est enregistré pendant la majeure partie de l'année 1968. Il en ressortira l'album le plus cher de Columbia Records qui, malgré un réel succès critique, se soldera par un non moins réel échec commercial. Ce concept-album gagnera en notoriété de deux manières différentes : les rééditions - dont la dernière Magic Time regroupe des inédits de The Ballroom et The Millennium - et l'internet, en témoigne le nombre croissant de blogs musicaux consacrant au moins un article à cet album.

Pour certains albums, il ne suffit que de quelques minutes d'écoute pour comprendre que l'on a affaire à un album hors du commun. Pour Begin, 30 secondes suffisent. Prelude est une introduction parfaite. Elle annonce clairement les intentions de l'album : on prend du vieux et on en fait du neuf. Et pas n'importe quel neuf ! Un commentaire récemment publié par un internaute sur l'excellent site rateyourmusic.com, disait juste ceci : « Hip-hop beats were established in the 60's (Prelude) » (comprenez : « les beats hip-hop ont été créés dans les années 1960 comme en témoigne la chanson Prelude »). En effet, Prelude ne ressemble à rien de ce qui a été publié dans les années 60, en tout cas au niveau des rythmes. On dirait un remix des années 90, proche d'une chanson comme Organ Donor de DJ Shadow (qui reprend elle-même un thème de 1972). Cette volonté d'innover, de montrer que l'on peut aller encore plus loin dans la musique, est très présente tout au long de l'album.

J'ai précédemment introduit le terme de concept-album sans l'avoir justifié. Pour moi, le concept est dans l'organisation car l'album entier est une argumentation. On retrouve la même structure que l'on nous imposait au lycée pour organiser nos dissertations : introduction, thèse, antithèse, synthèse, conclusion.

Si Prelude est l'introdution, le reste de la face A est la première partie. Elle fait l'état des lieux et met tout le monde d'accord sur le terme de sunshine pop : des mélodies simples et gaies, de jolies harmonies vocales, une production irréprochable et des sons clairs pour illustrer les thèmes abordés - principalement l'amour et la nature. « Let the heavens kiss you with the breeze / Let the sunshine see you through the trees / Don't give a thought to anything in the world but you and me » peut-on entendre sur To Claudia on a Thrusday. Tout va bien donc, du moment que nous sommes tous les deux et qu'il fait beau. Car c'est aussi ça, la sunshine pop : la naïveté. On parle de thèmes importants mais on n'en retient que les bons côtés. Et si, oh malheur!, on y aborde les mauvais côtés, on oublie jamais de prendre des pincettes : « You know i just want to be your friend / Cause i'd like our little drama / To have a happy ending » chantent-ils à propos d'une rupture amoureuse sur I just want to be your friend, chanson aux accents rubber souliens. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes...

Le ton change sur la deuxième face de l'album. Les chansons sont plus noires, plus expérimentales, plus électriques, plus saturées, le thème principal est le changement. La première chanson, It's You pose les bases « Something's covering my eyes, it's you ».Plus question ici d'amours idylliques puisque l'aveuglement provoqué par l'amour est mis en lumière. Et si l'innocence refait surface malgré tout « I know life is going to be so sweet / We will all be dancing in the street », on se corrige tout de suite « Though this time it may look like it`s not going to happen ». Le principal thème de cette partie est le changement, pour tout et partout. Sur It won't always be the same, on sort des mélodies ingénues, typiques de la sunshine pop pour une déclaration solennelle « There`s a change coming soon, can you see it? ». Idem dans la chanson suivante « I think that this caper that they call life is getting strange / I think that those who can see should bring about a change ». Le changement musical est aussi au rendez-vous. En témoignent le titre et les deux dernières minutes de Karmic Dream Sequence #1, sorte de crescendo-trip expérimental atteignant son apogée sur la reprise de Prelude, comme pour tourner une autre page de l'album.

C'est d'ailleurs dans la piste suivante que l'album nous offre une synthèse parfaite. There is no more to say, avec son titre évocateur, nous offre un retour vers la sunshine pop de la face A tout en conservant le thème du changement cher à la seconde face : « And if you will listen then I know you will hear / What I say when I speak of the change you will find ».

Quel est donc ce changement que The Millennium annonce ? C'est la dernière chanson qui finit de nous le dévoiler : un changement dans les mentalités, la fin du flower-power, l'avènement du rock expérimentalo-progressif. En effet, si la seconde partie de l'album annonce clairement la fin de l'insouciance, la dernière chanson nous offre des clefs supplémentaires en guise d'ouverture. Anthem (Begin) propose donc une suite, et si la chanson ne dure que 2 minutes 38, on y décèle des accents expérimentaux et progressifs : un thème, proche du religieux, répété, intercoupé par un patchwork de sons (le son de la batterie n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui du célèbre solo du groupe de rock progressif Sweet Smoke sur leur album « Just a Poke »). L'indice est dans le titre de l'album et de cette dernière chanson, The Millennium ne nous propose pas une fin mais, au contraire, un renouveau, un commencement...

Ecoutez sur youtube :
Prelude/To Claudia on a Thursday
Anthem (Begin)

Liens complémentaires :
Allmusic
RateYourMusic
Pitchfork (critique de Pieces contenant des démos de l'album


1 commentaire:

  1. Bonjour, dommage que tu ne postes pas d'autres messages, j'aime beaucoup Left Banke, Sagitarius et Love, j'aurais aimé découvrir d'autres groupes des sixties dans ce genre.

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